2014 - Thème 2: La construction quasi énérgétiquement neutre

Thème 2 : Consommer Intelligemment Chaleur Et électricité


L’Europe ambitionne que d’ici  le 31 décembre 2020, toutes les nouvelles constructions soient quasi énergétiquement neutres. Chaque État membre peut choisir la manière dont il y parviendra. Fin 2013, l’Europe exigeait de ses États membres qu’ils sachent comment ils allaient atteindre cet objectif.

L'occasion rêvée pour BATIBOUW de voir comment les entités fédérées belges allaient interpréter cette directive et de se plonger dans l'avenir des constructions quasi énergétiquement neutres. Qu’attendent les entités fédérées ? Ce type d’habitation quasi énergétiquement neutre est-il abordable et réalisable ? Et qu’en est-il des habitations existantes et des projets de rénovation en cours ? Dans sa directive, l'Europe établit qu'un bâtiment quasi énergétiquement neutre est un bâtiment qui a des performances énergétiques très élevées déterminées conformément à l’annexe I. La quantité quasi nulle ou très basse d’énergie requise devrait être couverte dans une très large mesure par de l’énergie produite à partir de sources renouvelables, notamment l’énergie produite à partir de sources renouvelables sur place ou à proximité.

L’interprétation belge

La Flandre renforce progressivement les exigences PEB pour atteindre un niveau E30 et un niveau K de 40. Cette année, le Gouvernement flamand a déjà introduit l’obligation d’utiliser l’énergie renouvelable. Les deux autres entités fédérées se montrent plus strictes et imposent une norme de maison passive. Cette norme sera appliquée à partir de 2015 dans la Région de Bruxelles-Capitale et à partir de 2017 en Wallonie.

Les bâtiments quasi énergétiquement neutres dans la pratique

Voici la théorie. Mais qu’en est-il dans la pratique ? Pour respecter les exigences des bâtiments quasi énergétiquement neutres, nous devons utiliser des isolations plus épaisses et plus performantes, prévoir une bonne étanchéité à l’air, utiliser des protections solaires pour éviter la surchauffe, intégrer une ventilation énergétiquement efficace et utiliser l’énergie renouvelable pour le chauffage et l'eau chaude sanitaire. À l’heure actuelle, nous appliquons déjà une partie importante des mesures relatives aux bâtiments quasi énergétiquement neutres dans le cadre de la réglementation PEB. Il nous faudra donc faire encore mieux.

Bâtiments quasi énergétiquement neutres versus constructions passives

Faut-il impérativement construire des bâtiments passifs pour répondre à la directive européenne sur les bâtiments quasi énergétiquement neutres ? Pas au sens strict. L’Europe exige une habitation dont les performances énergétiques sont très élevées. Pour y parvenir, il faut prévoir une bonne isolation et une étanchéité à l’air. Ces deux éléments impliquent une bonne ventilation. Pour garantir la faible consommation d'énergie, il est préférable d'opter pour un système qui récupère au maximum l'énergie absorbée. Si l'on prend en compte tous ces éléments, on se rapproche de la maison passive, sans toutefois s'y conformer.

Et la rénovation quasi énergétiquement neutre ?

Pour atteindre les objectifs européens en matière de climat et d'énergie avant 2020 et 2050, il ne suffit pas seulement d'accorder de l'attention aux nouvelles constructions. Surtout dans notre pays, puisque l’étude ‘Le logement en Belgique[1]’ montre que les logements belges sont considérablement plus anciens que les maisons européennes. Plus de 30 % de nos maisons ont plus de 65 ans. Le parc belge est plus ancien et la proportion de nouvelles constructions n’est pas aussi élevée que dans les autres pays européens. Cela signifie indirectement que l’impact du concept de constructions quasi énergétiquement neutres sera moins important dans notre pays pour atteindre les objectifs climatiques. Pour concrétiser ce concept, il faut donc aussi s'attaquer au parc de logements existant. À cet égard, il n'y a pas encore de théorie cohérente, ni à l'Europe ni dans le chef de nos gouvernements fédéraux et fédérés. Dans ce cas, posons-nous la question : comment améliorer la consommation énergétique de notre patrimoine actuel ? Une rénovation quasi énergétiquement neutre peut être une solution, tout comme une rénovation énergétique. Dans ce dernier cas, nos logements sont dotés d'une bonne isolation du toit et des murs, d'un vitrage à haut rendement et d'une chaudière à condensation. Cela représente une belle avancée sur le bilan énergétique. Ce dernier exercice sera déjà assez difficile à réaliser sur le plan technique et urbanistique dans nos anciennes maisons. En effet, l’âge de ces logements implique, par exemple, qu’ils ne possèdent pas de murs creux susceptibles d’être isolés. Il faut donc se baser sur des alternatives techniquement plus complexes et plus coûteuses, comme l'isolation de l'extérieur ou de l'intérieur.

En résumé, l'Europe nous oblige à construire des bâtiments quasi énergétiquement neutres à partir de 2021. Dans la réalité, nous ne savons pas encore quelle sera la meilleure manière d'y parvenir. Si nous n’imposons ces exigences qu’aux nouvelles constructions, nous risquons de négliger le parc de logements actuel, alors qu’il constitue justement la principale source de bénéfice. De plus, tant pour la construction que pour la rénovation, on peut se demander comment nous allons faire pour que cette évolution reste abordable pour un groupe aussi large que possible. C’est le défi que le gouvernement et le secteur de la construction devront relever dans les prochaines années.



[1] Par les professeurs Dominique Vanneste (KU Leuven), Luc Goossens (UA) et Isabelle Thomas (UCL)